
L’usage de drogues et de substances psychoactives prend une ampleur inquiétante au sein de la jeunesse du territoire d’Aru, dans la province de l’Ituri. Face à cette recrudescence, la rédaction d’aruinfos.com a mené une enquête de terrain en octobre 2025 pour comprendre les raisons profondes qui poussent les jeunes locaux à la consommation.
Les motivations sont multiples, allant des problèmes socio-économiques aux troubles psychologiques dans cette partie de la République démocratique du Congo, partageant ses frontières avec l’Ouganda et Soudan du Sud.
Le manque d’emploi et l’isolement, principaux facteurs.
Les témoignages recueillis auprès de jeunes d’Aru révèlent un profond désespoir lié au manque de perspectives. Le chômage apparaît comme une cause majeure de l’errance et de l’addiction :
« Je bois parce que nous manquons d’emploi et pour passer les heures de la journée et les heures vespérales, ce sont les drogues qui m’accompagnent… », a confié un jeune homme.
Un autre met en avant le besoin d’échapper à l’anxiété et à l’isolement familial : « Je prends les drogues pour me déstresser parce qu’avec ma famille, je n’ai pas assez du temps pour la conversation… »
L’usage de drogues est également perçu comme un mécanisme d’auto-médication contre les tourments nocturnes. Un jeune a expliqué consommer des stupéfiants pour « me permettre un sommeil aisé car sans drogues, je réfléchis trop sur les difficultés que je traverse, étant seul dans ma chambre au moins avec les amis la journée nous nous distrayons… ».
L’effet de « mode » et la disponibilité des substances.
Au-delà des facteurs psychologiques et sociaux, la pression du groupe et l’attrait de la nouveauté jouent un rôle non négligeable. Pour certains, la consommation est un simple effet de « mode » : « Nous prenons les drogues parce que c’est la mode… ».
Cette tendance est fortement alimentée par la position géographique du territoire d’Aru. Frontalier avec le Soudan du Sud et l’Ouganda, Aru est une véritable porte d’entrée pour le trafic de stupéfiants. Le marché local est saturé de diverses substances, notamment le chanvre, des boissons fortement alcoolisées, la chicha et le tabac, qui transitent jour et nuit par les multiples accès frontaliers, d’ailleurs les autres vont très loin jusqu’à utiliser des produits pharmaceutiques, tel le tramadol.
Un danger sanitaire croissant.
Les préoccupations sanitaires sont pourtant alarmantes. Malgré les risques avérés de ces substances sur la santé physique et mentale, la jeunesse, filles et garçons confondus, se tourne vers la consommation dès le plus jeune âge. La prise régulière de drogues nuit « lentement et sûrement » à leur développement, soulignant un besoin urgent d’actions préventives et d’alternatives socio-économiques pour détourner cette jeunesse du cercle vicieux de l’addiction.
Cléopas Mabanzo