L’Afrique affiche depuis plus de vingt ans une dynamique économique encourageante. En 2024, la croissance du continent était estimée à 3,3 %, avec une projection d’accélération à 4,3 % d’ici 2026-2027, selon les données de la Banque mondiale. Pourtant, derrière ces performances macroéconomiques, la réalité sociale demeure préoccupante : 464 millions de personnes vivaient encore dans l’extrême pauvreté en Afrique subsaharienne en 2024, un sujet abordé le 27 février 2026 lors d’une conférence à l’Université de Kisangani, dans la province de la Tshopo, en République démocratique du Congo par le professeur Janvier Egudra Nyadri de cet établissement supérieur.
Ce contraste saisissant alimente un débat central : comment expliquer que la croissance ne parvienne pas à réduire durablement la pauvreté ?
« Le seuil international d’extrême pauvreté est fixé à 3 dollars par jour pour les pays à faible revenu. Malgré l’augmentation du produit intérieur brut dans plusieurs États Africains, le taux de pauvreté en Afrique subsaharienne devrait atteindre 43,9 % en 2025, avant de reculer légèrement à 43,2 % en 2027. Les économistes parlent d’une faible élasticité entre croissance et réduction de la pauvreté : en clair, la richesse créée ne profite pas proportionnellement aux couches les plus vulnérables de la population. Les bénéfices de l’expansion économique restent concentrés, accentuant parfois les inégalités existantes », analyse ce professeur de l’économie.
La pauvreté ne se limite pas au revenu, poursuit-il.
« La pauvreté est aussi une privation de capacités et d’opportunités. L’indice de pauvreté multidimensionnelle du PNUD montre que les manques touchent simultanément la santé, l’éducation et le niveau de vie. Dans plusieurs pays affectés par les conflits, plus d’une personne pauvre sur quatre n’a pas accès à l’électricité, contre une sur vingt dans les zones stables. À l’échelle mondiale, 584 millions d’enfants vivent dans une pauvreté multidimensionnelle, et parmi les 637 millions de personnes pauvres vivant dans un ménage touché par la sous-alimentation, 256 millions se trouvent en Afrique subsaharienne. Ces chiffres traduisent une réalité plus profonde font l’insuffisance des services essentiels qui compromet la capacité des populations à sortir durablement de la précarité ».
Pour le professeur Egudra Nyadri Janvier de l’Université de Kisangani, cette situation n’est ni accidentelle ni fatale. Elle résulte d’un enchevêtrement de déterminants historiques et structurels qui entretiennent un piège d’inégalités auto-entretenu. La dépendance persistante aux matières premières, la faible transformation industrielle, les inégalités territoriales marquées entre zones urbaines et rurales, la fragilité institutionnelle et les conséquences durables des conflits freinent la redistribution des gains économiques.
À cela s’ajoutent selon lui « les chocs climatiques et économiques qui frappent plus durement les populations déjà vulnérables », peut-on lire dans le condensé de l’intervention contenant 16 pages dont Aruinfos.com détient une copie.
M. Egudra propose un développement inclusif.
« Le véritable défi pour le continent ne réside pas uniquement dans la poursuite de la croissance, mais dans sa transformation en développement inclusif. Investir dans le capital humain, renforcer les institutions, diversifier les économies et garantir un accès équitable aux services de base apparaissent comme des conditions essentielles pour briser ce cycle. Tant que la croissance restera concentrée et insuffisamment redistributive, l’Afrique continuera de vivre ce paradoxe troublant : des indicateurs économiques en progression, mais des millions de vies encore suspendues aux marges du développement », conclu le natif du territoire d’Aru.
Professeur économiste à l’Université de Kisangani dans la province de la Tshopo était également ministre provincial de l’économie et finances, mais également porte-parole du gouvernement provincial de l’Ituri sous Jean Bamanisa Saidi.
JC Cazuar Enga et Cédrick Arnold
