Instauré en mai 2021 par le président de la République Félix Tshisekedi, l’état de siège en Ituri semble être un échec cuisant. Les attaques des groupes armés n’ont pas diminué et le nombre de victimes civiles et de déplacés est en constante augmentation.
L’efficacité de l’état de siège en vigueur fait aujourd’hui l’objet des vives critiques, de nombreux observateurs et Ituriens estiment que ce régime spécial n’a pas apporté les résultats escomptés et n’a eu aucun effet sur l’insécurité endémique qui règne dans ces régions depuis plusieurs années.
L’état de siège censé intensifier les opérations militaires pour éradiquer une dizaine de groupes armés qui pullulent en Ituri, cette mesure d’exception a même réussi l’exploit d’obtenir le résultat inverse, où le nombre de morts a augmenté. La principale communauté victime de ces tueries indique que plus ou moins 7 mille sujets Hema ont été innocemment tués par la milice de la CODECO depuis le début des hostilités et plus de 80% des villages restent vides jusqu’à ce jour dans la province de l’Ituri.
En proclamant cette mesure sécuritaire exceptionnelle, le président congolais voulait endiguer la crise sécuritaire persistante et sécuriser efficacement les populations et leurs biens dans cette partie du pays.
Paradoxalement, plus de trois ans après l’instauration de l’état de siège, les entités concernées ont connu une descente aux enfers, comme en témoignent la flambée des attaques meurtrières, des déplacements massifs de civils, une crise humanitaire sans précédent, la fermeture des écoles dans certaines régions et, parfois, la suspension de la circulation sur des axes routiers pourtant vitaux pour l’économie de l’est du pays.
Qu’est-ce qui explique l’inefficacité, voire le fiasco de l’état de siège trois ans après son instauration ?
A l’issue de notre recherche dans cette partie du pays, plusieurs facteurs permettant une meilleure compréhension, entre autres une mauvaise planification, la superposition de commandements militaires, la quasi-inexistence de coordination des opérations de traquer des rebelles ou miliciens, la déficience des moyens logistiques, des effectifs et de la prise en charge des unités déployées au front et le mauvais fonctionnement du P-DDRCS.
Pour corriger l’inefficacité de l’approche militaire à l’œuvre, des experts en la matière proposent la restructuration de l’armée autour d’une chaîne de commandement efficace, le renforcement des moyens logistiques, de la prise en charge des effectifs militaires, l’unification du commandement dans les régions où opèrent les groupes armés et le renforcement de la confiance des civils vis-à-vis de l’armée, ainsi que la mise en place de stratégies efficaces de désarmement des groupes armés congolais et la réintégration sociale apaisée de leurs membres, en tenant compte des échecs passés.
Les autorités de l’état de siège, de leur côté, jugent positif leur bilan en avançant comme argument la réouverture de certains axes routiers, la récupération aux mains des groupes armés de certaines zones et asphaltage de certaines voiries urbaines.
Notons qu’aujourd’hui, en Ituri et au Nord-Kivu, vu les résultats sur le terrain, les coordinations de la société civile Forces vives, les députés provinciaux et nationaux, les mouvements citoyens et autres structures continuent à demander la levée de cet état de siège dans les deux provinces.
Héritier RAMAZANI

Un commentaire
Tres intéressé de votre article en ligne.