Les tracasseries routières et la gestion du pont Kibali ainsi que le mariage précoce ont été au cœur d’une Tribune d’expression populaire (TEP) organisée vendredi 23 janvier 2026 à Biringi, dans le secteur des Ndo, territoire d’Aru.
Cette activité marque le lancement d’une série d’échanges citoyens dans le cadre du projet Nashiriki Kwa Masikilizano 2, financé par l’Union européenne, dans cette partie de la province de l’Ituri, au nord-est de la République démocratique du Congo.
La rencontre, qui a réuni près d’une centaine de participants, s’est tenue sous l’initiative du consortium cohésion sociale, composé du NRC, d’International Alert, de Justice Plus et de Search for Common Ground, et mise en œuvre localement par Mwangaza Peace, partenaire d’International Alert.
Les échanges ont été largement dominés par la question des tracasseries routières, dénoncées par les participants comme un facteur de dégradation de la cohésion sociale et des relations économiques dans la zone. De jeunes aussi ont été cités parmi les auteurs présumés de barrières illégales érigées sur certains axes routiers.
Autre sujet sensible : l’état du pont Kibali, principale voie d’accès au secteur des Ndo. Les habitants redoutent qu’un effondrement de cette infrastructure n’isole durablement l’entité. La circulation de véhicules de plus de dix tonnes y alimente également des tensions croissantes entre transporteurs et communautés locales.
La tribune a également permis d’aborder la problématique du mariage précoce, identifié comme un facteur récurrent de conflits familiaux et communautaires. Des appels ont été lancés en faveur d’une sensibilisation accrue des parents et leaders communautaires afin de lutter contre cette pratique.
Ont pris part à la TEP, des membres des communautés locales, enseignants, responsables religieux, jeunes ambassadeurs de paix, représentants de la société civile, de la Fédération des entreprises du Congo (FEC), ainsi que plusieurs autorités administratives et sécuritaires, dont le chef du secteur des Ndo, des chefs coutumiers, des commandants de l’armée et de la Police nationale congolaise (PNC).
S’exprimant à l’issue de la rencontre, le chef du secteur des Ndo, Omu Athobar Israël, a salué l’initiative.
« Ces thèmes reflètent les réalités de nos communautés. La responsabilité est partagée : l’État, les parents et l’ensemble de la population. Nous nous engageons, avec notre population, à renforcer une cohésion sociale solide dans le secteur des Ndo », a-t-il déclaré, avant de remercier « l’Union européenne et le consortium cohésion sociale ».
De son côté, le commandant de la PNC a tenu à apporter des éclaircissements sur les accusations de tracasseries, d’amendes excessives et sur la question du mariage précoce. Il a insisté sur la nécessité d’une collaboration étroite avec la population pour prévenir les abus et renforcer la sécurité.
« Avant de passer à l’action, il faut sensibiliser. C’est ce que nous faisons », a-t-il affirmé, invitant les jeunes à s’impliquer aux côtés de la police, notamment dans la relance des patrouilles.
Il a également évoqué des réunions de sensibilisation menées avec des réfugiés sud-soudanais présents dans la zone.
Diffusée sur les antennes de la Radio Télévision Djalasiga, la tribune a été saluée par les participants.
« C’est rare d’avoir l’occasion d’échanger directement avec nos autorités, sans tabous », a confié l’un d’eux à Aruinfos.com
Après le secteur des Ndo, la série des Tribunes d’expression populaire se poursuivra dans d’autres entités du territoire d’Aru, notamment les chefferies des Kakwa, des Zaki, des Nio-Kamule, ainsi que dans la commune rurale d’Aru. Des réunions préparatoires ont déjà été organisées en amont afin d’identifier les problématiques locales à aborder.
Cette activité vise à renforcer la confiance et la collaboration entre les communautés locales et les autorités administratives, judiciaires et coutumières à travers des espaces de dialogue participatifs et inclusifs.